Comment se différencier dans un océan de DATA ?

Publié le Lecture 10 min

Épisode 33


Dans cet épisode, Christelle Kieffert, responsable data touristique à l’Agence Régionale du Tourisme Grand Est, échange avec Charles‑Henri Boisseau, responsable innovation et data chez ADN Tourisme. Ensemble, ils répondent à la question d’un hôtelier : comment rester visible dans un univers numérique bouleversé par l’explosion des données et l’arrivée massive de l’intelligence artificielle générative.

Transcription

Christelle : « Chaque année, on prépare tous nos vacances en ligne. Trouver l’hébergement idéal, réserver ses billets, dénicher les bons plans pour occuper les enfants… et pour ça, on plonge dans un véritable océan de données entre moteurs de recherche et, aujourd’hui, les outils d’intelligence artificielle générative dont l’adoption est fulgurante.
Dans ce paysage numérique, comment une plateforme touristique peut-elle se démarquer et apparaître dans nos recherches ?
Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Charles-Henri Boisseau, responsable innovation et data chez ADN Tourisme, la fédération nationale des organismes institutionnels du tourisme.
Ensemble, on va essayer de répondre à cette question.
Bonjour Charles-Henri. »

Charles-Henri : « Bonjour. »

Christelle : « Quant à moi, je suis Christelle Kieffert, responsable data touristique à l’Agence régionale du tourisme Grand Est.
Alors Charles-Henri, que penses-tu de ce challenge ? Comment un hôtelier, par exemple, peut rester visible dans cet univers numérique ?»

Charles-Henri : « Eh bien, pour répondre à cette question, il faut, c’est vrai, reposer le contexte.
Le fait est que nous identifions un profond changement d’usage dans les parcours touristiques, que ce soit dans nos modes de recherche ou d’inspiration.
Et ce changement, il est lié à la rencontre de deux facteurs.
Le premier facteur, ce sont des évolutions technologiques que tu évoquais avec l’intelligence artificielle générative.
Et le deuxième facteur, son corollaire, c’est l’explosion du volume de données.
Nous sommes une civilisation de producteurs de données, que ce soit dans nos téléphones, nos objets connectés.
Et pour notre hôtelier, la donnée, c’est quoi ?
Ce sont ses tarifs, ses types de chambres, ses descriptions, ses photos, ses disponibilités.
Bref, tout un ensemble de données qui concerne son établissement.
Et tout l’enjeu aujourd’hui, pour notre hôtelier, c’est qu’il puisse structurer sa donnée et la faire remonter sur des outils d’intelligence artificielle afin de la rendre compréhensible et contextualisable.
Autrement dit, si on prend par exemple un hôtelier à Nancy, son enjeu, il n’est plus seulement d’indexer ses données sur des moteurs de recherche, mais de pouvoir apporter une information juste dans la réponse aux questions qui sont directement posées par les touristes.
Aujourd’hui, le touriste, il ne va plus seulement demander à pouvoir réserver un hôtel à Nancy à telle date et pour une nuit.
Il va poser des questions beaucoup plus fines et beaucoup plus situées, du style :
“Voilà, moi je viens à Nancy le 23 mars, juste pour une nuit, je viens avec mon chien, je voudrais un hôtel pas très loin du centre et puis dans telle gamme de prix. Qu’est-ce que tu me conseilles ?”
Et c’est ça que nous constatons.
Il y a une étude Havas Market publiée en mai 2025 qui témoigne que 31 % des utilisateurs d’intelligence artificielle en France déclaraient avoir eu recours à ces outils pour la préparation de leur voyage.
Et c’est ça qui se joue. Ce n’est pas seulement la forme de leur requête, c’est le niveau d’exigence contextuelle. Et pour atteindre ce niveau d’exigence contextuelle, la première chose à faire, c’est de travailler sur la qualité de sa donnée. La qualité, c’est quoi ? C’est d’abord une donnée vraie. Parce que c’est vrai que, quand on navigue aujourd’hui dans un océan de données, il arrive parfois qu’on arrive sur des informations fausses. »

Christelle : « Oui, oui, je partage complètement. Et notamment avec, dernièrement, l’apparition de faux sites internet générés par des IA. On a eu ce phénomène dans les Hautes-Vosges, juste au moment des fêtes de fin d’année, qui faisaient la promotion d’événements qui n’existaient pas du tout.
Donc l’apparition de ces faux sites internet générés par l’IA illustre bien l’importance d’une donnée fiable et structurée. Cette mutation dont tu viens de parler impose donc aux socioprofessionnels, qu’on soit hôtelier, restaurateur, prestataire d’activité, de comprendre que leur donnée doit être lisible pour être utilisée correctement. Hier, c’était déjà important. Aujourd’hui, encore plus, ce qui compte, c’est la confiance dans les informations délivrées par les IA et les sites web.
En fait, la qualité devient un enjeu essentiel, voire même critique.

Alors, trois critères clés constitutifs de la qualité de la donnée — je te laisserai compléter ensuite si tu le veux bien — : l’utilité.
Ça apparaît tout bête à dire, mais la donnée doit répondre aux besoins concrets de nos visiteurs. Donc il a besoin d’horaires, de tarifs exacts, de conditions d’accès, d’infos pratiques qui sont essentielles pour son séjour ou son activité.
Je pense, par exemple, à la possibilité de venir avec son animal de compagnie.
Deuxième critère, j’ajouterais la complétude. L’info doit être complète, exhaustive. Un tarif absent, c’est relativement pénalisant. Un événement sans horaire, c’est totalement inutilisable pour préparer un séjour. Une activité à risque — je pense au parapente — sans information préalable, ça peut s’avérer dangereux et générer du mécontentement.
Troisième critère, troisième dimension de la qualité de la donnée, j’ajouterais la précision et la fraîcheur. Un tarif erroné, qui n’est pas mis à jour, peut entraîner, par exemple, du bad buzz ou être considéré comme une publicité mensongère. En fait, ce qu’il faut avoir en tête, c’est qu’une mauvaise donnée devient une mauvaise recommandation diffusée à grande échelle. »

Charles-Henri : « Tout à fait. C’est vrai qu’il y a plusieurs critères quand on veut qualifier la qualité de la donnée.
Il y a aussi un autre critère qui me semble essentiel dans ce nouvel écosystème numérique.
Ce critère, c’est l’interopérabilité. L’interopérabilité, c’est ce qui permet, par exemple, à notre hôtelier de pouvoir faire dialoguer sa donnée, la mettre en contexte, en résonance avec d’autres types d’informations, que ce soit des informations de mobilité, d’utilisation, de proximité de son établissement ou encore d’offres complémentaires. Et cette interopérabilité, elle est importante parce qu’elle renforce encore le pouvoir de contextualisation. Elle colle davantage aux attentes et aux pratiques actuelles de nos touristes.
Et en plus, cette interopérabilité, elle ouvre la voie à ce qui se dessine. Et ce qui se dessine, c’est la possibilité, déjà aujourd’hui, encore plus demain, de pouvoir réserver des produits touristiques hyper personnalisés, comprenant, par exemple, de l’hébergement, de la mobilité ou encore des activités. Le tout en sortant une seule fois sa carte bleue, ou en payant juste une seule fois, plutôt que de faire comme on fait le plus couramment aujourd’hui, d’aller sur chaque site et de pouvoir réserver chaque prestation individuellement sur différents types de sites.

Maintenant, la vraie question, c’est de savoir comment on fait pour rendre cette donnée visible et contextualisable auprès des outils d’intelligence artificielle.
Comment il peut faire, en fait, notre hôtelier ? Il est certain déjà que certains acteurs marchands assisteront nos socioprofessionnels dans cette démarche, que ce soit dans des recommandations du type SEO pour améliorer et optimiser leur site internet.
Mais derrière, il y a aussi une vraie responsabilité de chacun, y compris nos socioprofessionnels, dans la cohérence des données qui sont diffusées sur les différents supports numériques. Que ce soit leur site internet, les réseaux sociaux ou encore leur présence sur différents sites marchands qui relaient leurs offres. Notre conviction sur cet enjeu de visibilité et de structuration, c’est que les acteurs publics, à commencer par les offices de tourisme, les départements et les régions, ont un rôle pertinent et légitime à jouer auprès des sociopros.

Sur ce sujet-là, on marche en fait main dans la main.

Non seulement, nous, en tant que territoires, on a la capacité de vérifier — et c’est très important — de vérifier et de contextualiser les offres, que ce soit avec des récits de territoire ou encore du savoir local ou relationnel… Mais on a aussi la capacité collective, à l’échelle nationale, de pouvoir structurer cette donnée sur certains dispositifs — je pense notamment à DATAtourisme — afin de rendre cette donnée accessible, certifiée et contextualisable auprès de prescripteurs qui mettent en avant nos territoires et nos socioprofessionnels sur des outils d’intelligence artificielle. »

Christelle : « Je te rejoins complètement.
En fait, maintenant, et compte tenu de ces nouveaux paradigmes, il faut la jouer collective.
Car le collectif a toujours été important et il l’est encore plus maintenant.
Alors, la qualité repose sur l’humain. Les métiers de la qualification, de la vérification, de la structuration sont essentiels, quand bien même ils sont souvent invisibles.
Mais ce sont eux qui assurent la fiabilité, la cohérence et ainsi donnent du sens à l’information, ces fameux récits de territoire notamment.
L’IA ne remplace pas cette étape, parce qu’elle dépend entièrement du travail effectué en amont.
Notre chance dans le tourisme, c’est de disposer de ces outils et d’avoir des hommes et des femmes garants de confiance pour valoriser toute l’offre du territoire et donc la contextualiser, la rendre utilisable par les nouveaux outils d’IA.
En effet, les offices de tourisme et organismes institutionnels structurent la donnée selon des standards qui sont propres à nos métiers, mais aussi qui sont mondiaux — tu as parlé de DATAtourisme —, la contextualisent, la certifient comme tiers de confiance et la mettent en résonance avec d’autres jeux de données.

Vous l’aurez compris, seule la donnée interopérable, contextualisée et certifiée devient lisible par les IA génératives et est utile à nos visiteurs.

Merci, Charles-Henri. »

Charles-Henri : « Merci, Christelle. »

Christelle : « Et merci à vous pour votre écoute.

Vous aussi, vous pouvez poser votre question au 03 26 26 69 26 et n’oubliez pas de mettre des étoiles si cet épisode vous a été utile. »

C’était Répondre à vos questions, un podcast de l’Agence régionale du tourisme Grand Est. Rendez-vous dans quinze jours pour un nouvel épisode. »

Un podcast de l’Agence Régionale de Tourisme du Grand Est, produit avec 

Femme souriante portant des lunettes dans une pièce claire

Christelle KIEFFERT

Responsable data touristique à l’Agence régionale du tourisme Grand Est

Homme souriant dans un café moderne

Charles-Henri BOISSEAU

Responsable innovation et data chez ADN Tourisme

Un projet déployé avec le soutien de la Région Grand Est.
Explore Grand Est Académie fait l’objet d’un financement FEDER.

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