Comment faire connaître mon offre aux journalistes ?

Publié le Lecture 10 min

Épisode 38


Dans cet épisode, Anouck Sittre, cheffe de projet Presse & Influence au sein de l’Agence Régionale du Tourisme Grand Est, échange avec Pascale Desclos, journaliste indépendante. Ensemble, elles répondent à la question d’un professionnel du tourisme : comment offrir une expérience fluide et cohérente aux journalistes, dans un contexte où leurs contraintes, leurs attentes et leurs rythmes de travail redéfinissent les usages ?

Transcription

Anouck Sittre : « Vous avez une actualité, une nouvelle offre, une volonté de faire parler de vous et vous vous demandez comment capter l’attention d’un journaliste, pourquoi certains acteurs du tourisme trouvent-ils leur place dans les médias et d’autres non ? Pour y répondre aujourd’hui, je vous propose dans cet épisode de s’intéresser aux besoins des journalistes et à leur contexte, comment construire le bon message et à qui l’adresser. Pour en parler, j’ai le plaisir d’accueillir Pascale Desclos, journaliste indépendante. Je suis Anouck Sittre, cheffe de projet presse et influence à l’Agence Régionale du Tourisme Grand Est.

Bonjour Pascale ! »

Pascale Desclos : « Bonjour Anouck. »

Anouck Sittre : « Merci d’être avec nous. J’ai une première question pour toi. En fait, comment capte-t-on l’attention d’un journaliste ? »

Pascale Desclos : « Je vais commencer par un conseil qui me paraît essentiel. Le bon message à adresser à un journaliste, c’est un message qui a du sens pour la bonne cible. Admettons que je suis un acteur du tourisme. Avant de transmettre une information à la presse, je dois réfléchir et me poser la question : ce que j’ai à raconter, c’est un bon sujet pour qui ? Parce qu’on ne s’adresse pas de la même manière à un journaliste de la presse locale, de la presse pro ou d’un magazine national. Et même d’un magazine à l’autre, c’est important de s’adapter. Tous n’ont pas les mêmes lecteurs, donc pas les mêmes attentes. Donc il faut se demander : qu’est-ce que j’ai chez moi qui va accrocher ce journaliste de ce magazine ? Ça peut être beaucoup de choses : un bon rapport qualité-prix, un nouvel aménagement comme un spa, une histoire de famille, la proximité par rapport à un site patrimonial, un environnement préservé. En fait, une même offre peut devenir plusieurs histoires selon la cible. Exemple : j’ouvre un nouveau gîte de charme sur une piste cyclable de la région Grand Est, la Voie Bleue par exemple. Pour la presse locale, je vais mettre en avant la transmission, l’arrivée d’une nouvelle génération, l’impact sur l’emploi. Pour la presse éco, je vais plutôt parler d’investissement, stratégie, modèle économique. Et puis pour la presse déco, lifestyle ou l’art de vivre d’un magazine national, je vais mettre en valeur un parti pris esthétique ou bien présenter mon adresse comme un point d’ancrage sur un itinéraire cyclable, une destination. En fait, tout ça, c’est le même lieu, mais ce n’est pas le même récit. Dit autrement, un sujet, ça se construit. Il faut raconter une histoire qui a du sens et qui s’inscrit dans un environnement. Parce qu’un lieu, ce n’est jamais juste un lieu, il s’inscrit dans un territoire, un parcours, une expérience. Et là, je vais prendre un autre exemple. Vous voulez mettre en lumière le musée Tomi Ungerer à Strasbourg. Dire qu’il expose les œuvres de cet illustrateur alsacien réputé à l’international n’est pas forcément suffisant. Mais si vous proposez un angle : suivre les pas de l’artiste dans la ville, comprendre sa vie, son parcours, découvrir son œuvre dans Strasbourg, vous passez déjà dans une logique un peu plus éditoriale. En d’autres termes, je pense qu’il faut moins penser communiqué de presse que reportage ou storytelling. Autre point important : il faut considérer le journaliste comme votre premier testeur. C’est la première personne à qui vous devez donner envie de vivre le lieu parce que ce qu’il va écrire ou recommander peut être déterminant pour ses lecteurs. »

Anouck Sittre : « Oui, je te rejoins. Et j’aurais rajouté aussi que le journaliste, il a une vraie base de comparaison, encore plus parce qu’il est spécialisé parfois dans un domaine. Et il sait absolument ce qu’il veut. Il a un niveau d’exigence qui est assez élevé par rapport à des points concrets, mais c’est surtout par rapport aux attentes de son rédacteur en chef. Moi, quand je propose un sujet pour un journaliste, je me renseigne toujours sur le type d’articles qu’il rédige et aussi comment il travaille ses angles. Je trouve ces informations parfois en l’interrogeant parce que j’ai une bonne relation avec lui ou quand je ne le connais pas, je vais voir ce qu’il publie via les réseaux sociaux ou dans les magazines papier. Et aussi, je vais glaner des informations sur le web, ce que je peux trouver sur lui. Donc pour résumer, il vaut mieux, je pense, se focaliser sur quelques journalistes qu’on a bien cernés pour transmettre le bon message. J’en viens à une deuxième question qui est : comment les contacter ? Pour moi, il n’y a pas vraiment de process miracle. L’important, c’est surtout soigner sa prise de contact en adressant le bon message avec les bons éléments à la bonne cible. Moi, j’ai la chance d’avoir parfois un bon relationnel avec certains journalistes depuis plus de dix ans. Ça facilite l’échange et la confiance. Mais quand je souhaite en démarcher de nouveaux, je privilégie toujours le mail. Ça, c’est d’ailleurs ce qui ressort dans le rapport 2025 du groupe Cision sur l’état des médias : 96 % des journalistes souhaitent être contactés par mail. Le téléphone, je le réserve vraiment pour des contacts avec qui j’ai déjà bien échangé. Et encore, des fois, je passe par les SMS ou par un autre email. Ensuite, je personnalise le mail. Je réfléchis bien à ma proposition pour qu’elle soit très cohérente avec les besoins du journaliste et surtout à l’article qu’il va rédiger. Je lui présente pourquoi est-ce que je pense que ça peut l’intéresser. J’insiste sur la cible de lectorat que ça peut viser. Et je peux travailler aussi sur des éléments différenciants, donc je vais vraiment lui préciser l’angle du sujet et pourquoi est-ce que ça peut être inédit ou pourquoi est-ce que c’est nouveau, unique. Et la dernière chose, c’est aussi la concision. Pour moi, je pense qu’il faut être concis dans ses propos et je partage le plus d’éléments que j’ai sur le sujet que je veux lui faire passer sans non plus noyer le journaliste sous l’information. Mais c’est surtout pour qu’il puisse se faire une opinion. Et un des éléments les plus indispensables pour moi, c’est la source web, donc le site web de ce que je présente. C’est quand même la première impression du journaliste. Et après, suivant le sujet, ça peut être aussi des chiffres clés, une bibliothèque média, une galerie d’images. Il y a plein de choses qui peuvent venir en plus. »

Pascale Desclos : « Oui, parce que personnellement, je voudrais pas en décevoir certains, mais ma journée à moi de journaliste, elle commence par le tri. Je reçois entre 50 et 100 mails par jour et j’en jette 99 %. Pourquoi j’en garde certains ? D’abord parce que je suis déjà en train de travailler sur un sujet et que l’info pop au bon moment. J’ai une information qui m’intéresse au bon moment. Ou bien alors, quand une info me paraît vraiment solide parce que le communiqué de presse va être accrocheur ou que derrière, il y a un site très réussi avec des photos soignées, un texte lisible. Et en fait, la première impression va très très vite. Ça m’amène à un autre message clé pour communiquer avec la presse : il faut toujours être prêt et penser collectif. Parce que là, on l’a compris, tout va très très vite. Et on parle de pousser l’information au journaliste. Le journaliste, lui, recherche aussi de l’information et souvent, il en a besoin très rapidement. Donc là, je rappelle un point : souvent, un journaliste ne se déplace pas pour une seule et unique adresse. Il va chercher, moi c’est ce que je fais dans mon métier, un ensemble cohérent d’expériences, d’étapes, d’adresses qui collent bien à un récit. Par exemple, quand je construis un récit comme “L’appel de la forêt” dans les Vosges, j’ai besoin d’un ensemble d’expériences, de rencontres, d’hébergements. Ça m’intéresse de faire un affût avec un photographe animalier. Mais ça m’intéresse aussi de rencontrer des experts de l’ONF ou bien d’organiser une nuit dans des cabanes en forêt. Là, c’est le collectif qui va faire la différence. Spontanément, je vais aller chercher toutes ces infos auprès de l’Agence Régionale du Tourisme Grand Est ou bien des agences départementales qui ont une vision globale. Ils ont la connaissance du terrain, les bonnes adresses. »

Anouck Sittre : « Ok. Donc quand on veut communiquer et qu’on est un petit peu tout seul dans son coin, la première chose, c’est peut-être de prendre attache auprès de son office de tourisme ou de l’agence de développement touristique de son secteur ou même de l’Agence Régionale du Tourisme Grand Est pour construire un sujet plus cohérent. Comme tu le disais, c’est rare qu’un journaliste mette en avant qu’une seule adresse. En général, il cherche plus. Et c’est là que du coup, le collectif devient vraiment une plus-value. Merci Pascale ! »

Pascale Desclos : « Merci Anouck. »

Anouck Sittre : « Et merci à vous pour votre écoute. Vous aussi, vous pouvez poser votre question au 03 26 26 79 26 et n’oubliez pas de mettre des étoiles si cet épisode vous a été utile. »

Voix off : « C’était “Adopter les bonnes pratiques”, un podcast de l’Agence Régionale du Tourisme Grand Est. Rendez-vous dans 15 jours pour un nouvel épisode. »

      Un podcast de l’Agence Régionale de Tourisme du Grand Est, produit avec

      Anouck SITTRE

      Cheffe de projet presse et influence à l’Agence Régionale du Tourisme Grand Est

      Pascale DESCLOS

      Journaliste indépendante

      Un projet déployé avec le soutien de la Région Grand Est.
      Explore Grand Est Académie fait l’objet d’un financement FEDER.

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