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    Eclairage sur l’avenir du tourisme par Jean-Pierre Mas

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    Jean-Pierre Mas, passionné par le voyage et l'humain, préside "Les Entreprises du Voyages France" depuis 2014. Il nous livre son éclairage sur le tourisme et son avenir.

    5 choses à savoir sur Jean-Pierre Mas

    Trois catégories de voyageurs

    Dans le transport aérien on peut classifier les voyageurs en trois catégories :

    La première catégorie ce sont les hommes d'affaires qui se déplacent pour des motifs professionnels. Le tourisme d’affaires est en train d’évoluer en raison des pratiques adoptées au cours des deux années de pandémie.

    La seconde catégorie de voyageurs, ce sont les touristes, ceux qui partent pour leur plaisir, pour leurs vacances.

    La troisième catégorie de voyageurs se déplace pour des motifs familiaux ou économiques. Ils travaillent dans des pays dans lesquels ils ne vivent pas. Par exemple, ce sont les Antillais qui travaillent en métropole ou les habitants de l'Inde qui travaillent dans les pays du Golfe et qui rentrent chez eux parce qu’ils ont besoin de revoir leur famille ou ils ont besoin d'aller travailler.

    Le droit aux vacances, une conquête sociale

    « Les vacances résultent de conquêtes sociales pour la réduction du temps de travail et l’accroissement du temps libre. »

    Jean-Pierre Mas

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    Ce n’est pas venu tout seul, c'est lié à l'extension du temps libre dans la vie. Le temps libre occupait, il y a un siècle 20% de la vie éveillée, il occupe aujourd’hui moins de 40%. Cette extension est à la fois due à la réduction progressive du temps de travail et à l'augmentation de la durée de la vie.

    La crise a accéléré la mutation du voyage d’affaires

    La crise sanitaire a accéléré la mutation du voyage d'affaires. L’appropriation des réunions en visioconférences qui n'étaient pas le cas préalablement même si la technologie existait, a été une révolution. Les entreprises pendant les deux années de pandémie ont constaté qu'elles avaient de bons résultats malgré la réduction et la rationalisation des déplacements professionnels. Cette politique de réduction des budgets voyages pour les entreprises n’est pas conjoncturelle, elle va durer. Aujourd'hui, après la crise sanitaire, le voyage d’affaires ne représente que 80% de son niveau de 2019. Le rattrapage risque d’être très long.

    Un monde d’après ressemble au monde d’avant… avec quelques mouvements à la marge

    « En matière de tourisme, l'actualité récente nous permet de penser qu'il n'y a pas de monde d'après qui succèdera au monde d'avant. »

    Jean-Pierre Mas

    Pour l'instant, les Français reprennent leurs habitudes. Ils repartent en vacances. Il y a une sorte de revanche travel, une envie de voyager parce que pendant deux ans, ils ont été isolés, confinés et contraints.

    Les clients des voyages intermédiés, n'ont pas, pour l’instant, de problème de pouvoir d'achat ou d'inflation. Ils ont a économisé et thésaurisé durant la crise sanitaire. Ils consomment davantage. La durée des vacances et le budget qui leur est consacré augmentent : un jour de plus de vacances et un budget en progression de 20%.

    Une mutation plus structurante réside dans la prise de conscience de l'impact du voyage sur le réchauffement climatique. Il y a une prise de conscience qui est évidente quand on demande aux Français si le transport aérien impacte le réchauffement climatique et s’ils vont modifier leur politique de voyage. Ils répondent à une très forte majorité que oui. Cette donnée varie entre 70 et 80% selon les études. Mais c’est du déclaratif ; les comportements évoluent moins vite que les prises de conscience.

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    Aujourd'hui, on a du mal à mesurer la façon dont ce déclaratif se traduit dans les faits. Cependant, une partie des jeunes générations, celles des « millennials » ont adopté un comportement de sobriété, voire d’abstinence en matière de voyages, en raison de l’empreinte carbone. Il y a outre ces jeunes qui ont arrêté de voyager, des personnes qui ont modifié leur politique de voyage. Cela aura un impact sur l’économie touristique.

    Ces mutations se traduisent par des voyages moins fréquents et plus longs. Peut-être la fin des week-end kleenex.

    Vers une responsabilisation du tourisme

    « En matière de voyages et de vacances, globalement, c'est le client qui, par sa demande, fait évoluer l'offre. »

    Jean-Pierre Mas

    Le premier signal faible, antérieur à la crise sanitaire, c’est cette prise de conscience écologique avec de vraies mutations des comportements des consommateurs.

    L’impact du transport aérien sur le climat est vraiment le point central de notre réflexion. Nous devons adopter des réactions plus intelligentes. Il ne faut plus reporter la faute sur les autres et ne pas se satisfaire des réponses qui consistent à dire, ce n’est pas que moi, c'est aussi l'autre ou minimiser l’impact carbone du transport.

    Le transport aérien est la cible la plus attractive, la plus facile parce qu'on considère très facilement que le transport aérien s'adresse essentiellement aux riches qui polluent la planète. Ils peuvent se passer de l’avion. Cette réaction est étayée par le fait que 50% du CO2 produit dans le monde résulte de l’activité de moins de 10% de la population mondiale.

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    Ce n'est pas le transport aérien, nécessairement, c'est le fait que plus les populations sont développées, plus elles impactent négativement la planète et le réchauffement climatique.

    C’est un enjeu énorme. Il faut à la fois répondre intelligemment et réduire l’impact.

    « Il faut responsabiliser le citoyen afin qu’il ne soit pas tenté de transférer sa responsabilité sur les politiques ou les opérateurs. Réduire l'impact carbone du tourisme, c'est en premier lieu un comportement citoyen. »

    Jean-Pierre Mas

    C'est une culture citoyenne qui doit aller vers des voyages et des modes de vie plus sobres. Ce n’est pas la décroissance. C’est par exemple prendre des grandes vacances de 3 semaines et ne plus partir tous les week-ends en prenant l'avion et partir, au contraire, dans un environnement plus proche, en week-end.

    La seconde démarche est professionnelle. La démarche professionnelle consiste à réduire la consommation des avions. Les avions de nouvelle génération Airbus A 350, par exemple, consomment 25% de carburant en moins que la génération précédente. 25% de carburant, c'est 25% de CO 2. On peut encore gagner près de 10% en rationnalisant les routes ; par exemple, en réduisant l’espace aérien militaire ou en n’imposant pas les descentes en palier qui imposent de remettre les moteurs pour garder l'altitude. Le roulage au sol pourrait n’être qu’électrique. On peut aussi gagner avec la technologie et les carburants d'origine biologique, agricole, ou pour les petits avions avec l'utilisation de l'hydrogène.

    Nous sommes là quand même dans des perspectives d'une dizaine d'années, même pas. On aura les avions à hydrogène de petite capacité qui voleront dans 10 ans. L'industrie a beaucoup de travail à faire et en est très consciente.

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    Le voyage, un vecteur de paix

    L’arrêt des voyages aurait plus d’effets néfastes que d’externalités positives.

    « Le voyage, c'est ce qui permet aux gens de se connaître, de se comprendre aux générations, et aux civilisations de se tolérer, de s'accepter, d'accepter les différences. C'est un facteur essentiel de paix. On ne peut pas dire d’arrêter de voyager, ce qu'on peut dire c’est d’essayer de voyager plus intelligent. »

    Ne pas jeter l’anathème sur le tourisme de masse

    Il ne faut pas jeter l’anathème sur le tourisme de masse.

    « Lutter contre les réactions hostiles au tourisme, la tourismophobie, c’est en premier lieu une question de planification et d’aménagement du territoire. »

    Jean-Pierre Mas

    Lorsque le tourisme fait fuir les habitants du centre de Barcelone parce que c'est plus rentable de louer les appartements aux touristes via Air B and B et que les habitants et travailleurs ne peuvent plus se loger cela est négatif et provoque de l’hostilité. C'est un problème de volonté des autorités politiques locales. Dans ce cas, ce ne sont pas les touristes qui sont responsables, c'est la mairie de Barcelone qui a eu peur de réglementer.

    Quand les bateaux passent, à Venise, à proximité de la place Saint-Marc, c'est le maire de Venise qui est responsable. Ce ne sont pas les compagnies de croisières.

    Le tourisme de 2030

    « Je souhaite très clairement le développement du tourisme de par mes fonctions. Je souhaite une accessibilité de tous au tourisme. Je ne ferai rien pour que le tourisme redevienne élitiste, avec notamment les solutions de taxation punitive contre les effets du surtourisme et du réchauffement climatique. »

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    Le touriste réservé aux riches, à ceux qui, comme au dix-neuvième siècle, « savaient voyager », pouvaient apprécier et comprendre les cultures différentes, ce n’est pas le tourisme du troisième millénaire.

    Le fait de passer une semaine ou 15 jours en Tunisie ou en Espagne sur une plage en famille, avec les enfants dans un club de vacances, avec le soir des animations, c’est respectable. Il n’y a aucune honte à s’offrir une semaine de farniente lorsqu’on en passe cinquante dans un grand ensemble.

    « Ma vision du tourisme, c'est une vision de développement du tourisme avec un développement intelligent, contrôlé, maîtrisé. »

    Jean-Pierre Mas

    Ma vision personnelle du tourisme, c'est un tourisme où l’on prend le temps de vive et de savourer : une certaine forme de slow tourisme.

    Prendre le temps, aller doucement, profiter des choses, profiter des lieux, profiter des gens, échanger, partager, vivre ensemble.

    « Le slow tourisme, ce n’est pas élitiste et ne nécessite pas d'être riche pour prendre le temps. C'est accessible à tout le monde. »

    Jean-Pierre Mas


    Interview de Jean-Pierre MAS par Séverine PORTET dans le cadre de la démarche Tendances et Prospective, Les Eclaireurs.

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