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    Vision d’avenir d’un chuchoteur de destinations, Pierre Eloy

    Publié le 07.10.2021
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    Pierre Eloy, spécialiste du tourisme, évoque sa vision d'avenir du tourisme dans le cadre de la démarche prospective de l'ART GE.

    5 choses à savoir sur Pierre Eloy

    1. Il dirige Touristic, sa société de conseils et d’accompagnement en Tourisme depuis 15 ans. Il est issu d’un pur parcours tourisme en versant plutôt dans le digital.

    2. Originaire de Lorraine et aujourd’hui ancré dans le Sud-Ouest, il intervient dans l’ensemble de la métropole française et aussi pour des destinations plus lointaines : le Canada et la Réunion.

    3. Il appuit les professionnels institutionnels et privés dans l’accompagnement digital, relationnel au sens large et l’accueil dont il offre sa propre définition.

    4. Il est aussi cofondateur d’Agitateurs de Destinations Numériques, spécialisée dans la valorisation de pépites locales à partir d’un travail collaboratif de terrain, avec une approche «hyper » humaine et locale.

    5. Pour Pierre Eloy le voyage est multiple : voyages traditionnels, voyages exceptionnels, voyages de proximité, … et cette multiplicité va se renforcer de plus en plus.

    Valoriser conjointement les Tours Eiffel et les valeurs intrinsèques du territoire

    L’évolution du tourisme tourne pour lui autour du local, ce qu’il prône depuis 15 ans. Les voyageurs ont des attentes différentes tant en termes d’expériences que de produits recherchés.

    La montée du bleisure, alliance du business et loisirs, est encore une niche dont l’accélération est en cours. Travailler tout en voyageant…. Ce qui semblait impossible hier devient réalité grâce au digital. Le digital efface les contraintes. L’initiative de Airbnb en plein confinement en 2020 qui a mis en place des locations longues durées est un vrai révélateur d’une révolution qui est en marche.

    Pierre Eloy croit « au tourisme banal » qui est pour lui le tourisme des moments simples. Il ne s’oppose pas au tourisme « Tour Eiffel » comme il l’appelle. « Il faut proposer aux voyageurs, une approche « slow » du tourisme avec quelques bonnes adresses pour vivre de vrais moments. Les visiteurs sont, de plus en plus en recherche, de choses simples durant leur déplacement.

    « Après avoir visité les « Tours Eiffel » d’une destination, on aime dénicher des adresses secrètes connues des locaux qui ont la chance de vivre ici toute l’année… »

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    Pierre Eloy

    Faire passer les valeurs avant les idées

    Le smart Tourisme, un tourisme digital et durable doit être valorisé à travers les axes forts : le choix de circuits courts, l’expérience slow, la valorisation des savoir-faire et les rencontres avec ces pépites locales. Ces axes correspondent à l’ADN d’un territoire. Le hors sol ne marche pas. Il est essentiel de prioriser les « valeurs » avant les idées.

    La valorisation du territoire passe aussi et d’abord pas la fierté locale des habitants. Pour Pierre Eloy, c’est une priorité surtout dans des régions comme le Grand Est : faire prendre conscience aux habitants de la richesse et la qualité de leur territoire. Chaque habitant doit devenir un « bienvenuteur », comme il s’amuse à le rappeler.

    Il faut inventer un tourisme fait par et pour ces locaux qui seront fiers de partager leurs secrets locaux entre eux et avec les voyageurs en quête de sens et de valeurs.

    « Ma définition d’un touriste, c’est un local de quelques heures à toute une vie!»

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    Pierre Eloy

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    Un grand besoin de respiration qui va au delà de l’écologie

    La respiration et le besoin de se retirer de la masse a été l’une des principales révélations de la crise sanitaire. Toutes les études l’on prouvé, depuis l’été 2020, les « gens » ne veulent plus de ce tourisme de masse, d’avant crise.

    Ce besoin de respiration dépasse le monde du tourisme. Nous le voyons quant aux nombres de personnes qui décident de changer de lieu de vie ou de vie…

    Un demain vraiment différent ou de nouvelles niches ?

    Pour Pierre Eloy, la crise risque de ne pas modifier profondément les habitudes notamment sur les notions de durabilité. Des modifications de comportement ont été réalisées sous la contrainte mais quid de l’après crise ?
    L’exemple du circuit court est preignant. Nous avons tous observé durant les différents confinements, l’orientation des consommateurs vers les producteurs de proximité. Après les confinements, finalement, les nouveaux consommateurs fidèles aux circuits courts restent peu nombreux. Certes, un déclic s’est opéré mais la traduction dans les actes prendra plus longtemps.

    Le tourisme durable c’est davantage que l’écologie

    Le tourisme durable c’est davantage que la seule prise en compte écologique. C’est aussi un « acte » solidaire et participatif.

    Mais, Pierre Eloy alerte sur l’utilisation de discours écologiques qui peuvent énerver les professionnels. Son ressenti sur le tourisme durable est identique à ce qui s’est passé sur l’accès au wifi il y a quelques années ! Le Wi-Fi est devenu une obligation depuis quelques années. Pour le tourisme durable, c’est la même chose. Ceux qui n’en feront pas ne seront pas dans la normalité ! La clientèle d’aujourd’hui est très sensible au durable. Booking, l’a bien compris, qui a d’ailleurs mis en place un bloc sur ses offres indiquant les initiatives éco-engagées de l’offre.

    Pour Pierre Eloy, écologie et social sont très liés. Plusieurs initiatives de start up vont dans ce sens comme Solikend qui permet de réserver un hébergement pour financer une association. Les hébergeurs au lieu de laisser une chambre vide, permette une occupation et des consommations annexes et en font bénéficier une association. L’économie touristique participe ainsi au développement local. Autre initiative solidaire, Hopineo, qui décline le principe du woofing non pas avec la collaboration par les bras mais avec les neurones.

    Pour Pierre Eloy, le tourisme de demain se trouve dans ce type d’initiatives, un tourisme solidaire, utile à l’ensemble du territoire et à ses habitants.

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    « Mon ambition pour le tourisme en 2030 : embarquer le tourisme sur le chemin de l’économie sociale et solidaire avec une banalisation d’actions comme le financement participatif local et bannir le mot tourisme. »

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    Pierre Eloy

    L’avenir du tourisme repose sur la qualité des services proposés

    La crise sanitaire a légitimé l’instauration de jauges. Cette limitation a offert des expériences de grande qualité aux visiteurs. C’était un tourisme idéal, une déambulation lente et désencombrée. Mais comment pérenniser ce modèle pour faire coïncider luxe de l’expérience et rentabilité économique ? La qualité de service est une thématique transversale que tous les professionnels doivent toujours garder en tête. Finalement, la crise a permis de booster la relation client. Nous avons constaté un grand boom des interactions humaines, avec un large regain de tous les échanges entre de VRAIS gens. L’habitude doit se prolonger.

    L’une des priorités est de travailler les faiblesses de la relation client, retravailler les fondamentaux de l’offre, de l’accueil…Il faut miser sur la qualité. Des choses simples : des emails engagés et accueillants, comme celui à j-15 « On fait la valise ensemble ! ».

    L’une des priorités, en passant de la parole aux actes, c’est de prouver le sens, l’âme et le coeur que les professionnels déploient pour un tourisme raisonné.

    « Nous avons un grand challenge pour 2030, arrêter d’utiliser le mot tourisme. »

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    Pierre Eloy

    Le mot taxe de séjour est aussi un exemple prégnant. Pourquoi ne pas repenser la sémantique et l’usage de « taxe de séjour » pour inventer un véritable « fond participatif au développement de l’économie locale ». La création de véritables Fondations locales engagées devrait être notre quotidien en 2030.

    Et l’aventure dans tout cela : du slow, du banal, du vrai...mais toujours de l’aventure !

    Les vacances sont des moments de vie pour lesquels, la plupart du temps nous garderons en mémoire les gens rencontrés, des surprises et des étonnements ! La surprise est un élément fondamental du voyage.

    Nous avons la responsabilité d’être un créateur de souvenirs de vacances. Il faut étonner les visiteurs et pas forcément avec des attentions complexes et chères.

    Utiliser les 5 sens : en particulier l’odorat et l’ouïe…Le plus puissant sens est l’odorat…l’identité olfactive des destinations est un sujet à travailler ! Plusieurs destinations ont déjà axé des travaux sur ces développements.

    Interview de Pierre Eloy, septembre 2021, par Séverine Portet, ART GRAND EST

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